DOUBLE JE
DOUBLE JE
Vous le connaissez, ce sentiment ? Vous deviez sortir. Vous commencez à vous préparer… Et puis, l’envie d’une tasse de thé vous prend,
vous tombez sur une lettre restée sans réponse, un livre qui ne demande qu’à être lu, le téléphone sonne, ah ! c’est un ami de presque toujours…. Alors, à quoi bon de quitter ce chez-soi si
réconfortant ? Finalement, vous restez, et avec vous ces objets autour qui vont raviver des souvenirs, et ce tiraillement entre l’envie de mordre dans la vie, dehors, et le souci de se sentir à
l’abri du monde, de se re-trouver…
C’est cela que je voulais exprimer dans ce spectacle Double Je. Un jeu entre elle et elle, entre envies d'exploser et
sentiments secrets, entre rage de s'affirmer et besoin de protection. Crier le Je d’une femme qui, pourtant, s’amuse comme une gamine. Question de ne pas trop se prendre au
sérieux.
Bien sûr, il y a eu des doutes et des tâtonnements dans l’élaboration de ce projet, mené avec Kalimaé Marquis, ma complice au
piano. Les choses commençaient à se préciser lorsque j’ai demandé à Roberto Sentieys qui me guide avec une grande sensibilité dans cette aventure d’études de chant lyrique : "S’il te plaît,
dessine-moi un spectacle !" Question d’être princesse le temps d’une soirée, une princesse qui se moque des conventions…
D’où ce Badewannentango qui, enfant, me faisait hurler de rire. Rencontre aussi avec les petits anges qui s’apprêtent à prendre
leurs vacances à Vienne, dans ce Wiener Lied qui fait honneur aux clichés les plus kitsch.
C’est aussi la fête, à Vienne toujours, avec Orlowsky, le comte russe qui brûle la vie. Nous sommes au cœur de l’Europe, un peu
"chez moi" !
L’ambiance intrigante des cabarets de la Berlin des années trente n’est pourtant pas loin, ni l’Ange bleu … Comment, encore un ange ? Et pourtant, elle n’est pas si angélique que ça, cette Carmen
qui joue de tous ses atouts, qui lime son couteau, croyant pouvoir régler son compte aux hommes, sûre de son pouvoir.
Et elle fait le grand écart entre Montmartre et le Broadway, où elle célèbre "son homme" imaginaire.
Ca y est, elle va de nouveau succomber. Eternel recommencement. Alors que la sérénité est ailleurs, dans l'essence de la vie même…
Eveline von
Hier